[Industrie] Les entreprises privées (bientôt) à la rescousse
Produire vite et en masse, c’est nouveau au sein du ministère des Armées. Sous la houlette de la DGA, deux appels d’offres, clôturés demain vendredi 21 mars, ont été lancés pour inciter les industriels civils à utiliser leurs infrastructures pour fabriquer du matériel à destination militaire. Le temps presse.
L’industrie de la Défense, poussée le 13 juin 2022 par le président de la République à passer à une « économie de guerre », a augmenté ses cadences de production. Dassault Aviation est ainsi passé de 2 à 4 Rafale produits par mois. MBDA a multiplié par quatre sa fabrication mensuelle de missiles et dit pouvoir encore accélérer. KNDS a augmenté sa cadence aussi : 30.000 obus de 155 mm livrés à Kiev pour les canons Caesar depuis le début de la guerre. L’objectif est d’en fournir 80.000 unités en 2025. Quant à Safran, l’industriel a doublé sa production de bombes AASM (Armement air-sol modulaire) à près de 600 unités l’an dernier.
Seulement voilà, si la France passe réellement en économie de guerre – d’aucuns disent qu’aujourd’hui, nous sommes en « économie de défense », cela ne suffira pas. La solution viendrait alors du civil. Prévoyant, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a fait publier un décret, le 1er octobre 2024, sur les conditions de réquisitions pour les forces armées.
Avant d’arriver à cette étape, le ministère des Armées s’emploie à sensibiliser les chaînes industrielles civiles à imaginer produire en masse certains équipements militaires, comme des drones. « En 2025, il y aura des projets qui verront le jour dans la collaboration avec de l’industrie civile […] C’est tout à fait nouveau », a indiqué Emmanuel Chiva, délégué général pour l’armement à la presse, en janvier dernier. Pas si nouveau, module-t-il : « C’est redevenu d’actualité car on se pose des questions que nous ne nous étions pas posées depuis 1914-18 ». À l’exemple des frères Michelin qui s’étaient lancés dans la fabrication de bombes et d’avions.
Un premier appel à projet concerne la production de 1.000 drones d’entraînement « low cost », livrables entre octobre et décembre 2025, pour l’exercice Orion 2026. Un second est lancé par l’AID dans la foulée du pacte drone signé lors du salon d’armement Eurosatory en juin 2024, qui doit structurer la filière et notamment développer une munition téléopérée longue portée, au-delà de 100 km, en masse, à coût moindre.
« Une quinzaine d’industriels, parfois regroupés, a répondu favorablement », détaille le DGA.
Habitués à produire en nombre des biens de consommations (« plusieurs milliers en quelques mois »), les industriels de l’automobile (familiarisés à travailler avec du composite), de la chimie (pour la pyrotechnie, poudre et explosif), de l’agronomie et même du secteur de l’énergie sont ciblés. Ces entreprises appliquent des normes de sécurité au juste niveau, plus souples que celles de l’industrie de défense.
C’est la première fois que le critère de « produire vite et en masse » est inclus dans les appels d’offres du ministère des Armées, mais comme le précise Emmanuel Chiva : « Quand on risque d’être confronté à des opérations de haute intensité, il faut réfléchir autrement ».
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