
Drones : la bataille des composants continue
Ivan Frankiv est CTO et co-fondateur de Kara Dag Technologies, une startup ukrainienne de détection de drones basée sur l’intelligence artificielle.
Quelle est la place des technologies en Ukraine, sur le plan civil ?
Dans les rues et les cafés, tout le monde parle de nouvelles technologies pour brouiller, brûler ou neutraliser les drones ennemis. C’est une question de survie. En parallèle, les entreprises de capteurs fabriquent des brouilleurs de drones. Les startups en IA développent des systèmes de visée automatisés. Les anciens ingénieurs en informatique conçoivent maintenant du matériel de guerre. Certaines entreprises ont commencé par quelques ingénieurs, puis ont réussi à produire et vendre leurs premiers prototypes. Maintenant, ces technologies se développent de plus en plus vite.
Quel est la situation sur l’approvisionnement en composants de drones ?
Il est très rare que nous rencontrions un appareil fabriqué en Russie avec des composants russes. Il s’agit généralement de composants américains fabriqués en Chine ou en Thaïlande. Je suis sûr que les fabricants ne savent même pas de quel type de composants il s’agit ! Chaque unité de drone comporte un récepteur ou une radiocommande et un émetteur pour le signal vidéo. Il y a une puce fabriquée par une entreprise qui compte environ 50 personnes à Taïwan et qui s’appelle Rich Wave. Cette seule entreprise fournit les fabricants de drones ukrainiens et russes. On pense que 60 % des commandes proviennent de Russie, qui utilisent parfois des composants Semtech, une société électronique américaine.
Y-a-t’il un circuit-type dans la chaîne de production des composants ?
En réalité, les Russes (et les Ukrainiens) achètent les composants sur Alibaba, 1688.com ou Taobao. Ils commandent ces modules et puces Semtech en petites quantités, souvent moins de 1 000 unités. Le problème n’est donc pas que les entreprises américaines expédient directement en Russie mais plutôt que des entreprises chinoises exploitent des lignes de production « grises ». Elles fabriquent ces puces conçues aux États-Unis et les envoient de manière non réglementée en Russie.
Aujourd’hui, vous pouvez facilement les acheter, non pas directement auprès de Samsung, mais auprès des Chinois, à l’usine de Shenzhen. Il n’y a aucun problème avec l’expédition. C’est la même chose pour nous, les Ukrainiens. Chaque fois que nous achetons un module, nous ne le commandons pas aux États-Unis, nous le commandons en Chine. Il est intégré ensuite en quelques semaines dans nos drones.
Le problème que je vois, c’est que les sociétés occidentales ne contrôlent pas leur propriété intellectuelle en Chine. Ce pays a ses propres lignes de fabrication ou, peut-être, que la propriété intellectuelle a été volée ?
Si les entreprises occidentales faisaient respecter leur propriété intellectuelle, cela ramènerait la Russie 20 ans en arrière.
La startup ukrainienne Kara Dag est basée à Kiev, en Ukraine. Elle a été fondée en 2023 par des ingénieurs ukrainiens et américains. Elle conçoit des dispositifs utilisant des systèmes avancés fondés sur l’IA pour détecter des signaux émis par les drones ennemis, en particulier les drones FPV ( First Person View). Elle fournit des détecteurs de drones baptisés « OBRIY », pour identifier les drones conventionnels et à fibre optique en analysant des schémas de signaux uniques ou en exploitant des méthodes de détection alternatives, telles que les technologies infrarouges et acoustiques.
Elle est soutenue par le britannique Fonds Green Flag Ventures, qui investit dans les sociétés technologiques civiles et duales ukrainiennes.
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