[News] Nord-Coréens en Ukraine : le décalage technologique

Dernière mise à jour : 31 mars 2025Par Mots-clés :

A l’heure de l’omniprésence des technologies sur le champ de bataille, de l’hégémonie des drones et de l’appui des satellites, les supplétifs nord-coréens sont confrontés à une forme de combat inconnue. Mais Pyongyang réagit rapidement.

En janvier 2025, trois mois après leur apparition, insérés dans les troupes de Moscou, les soldats nord-coréens n’y apparaissent plus, observe l’Armée de Terre française. Pour cette dernière, ils seraient en train de s’entraîner au maniement des drones russes, notamment des « Lancet-3 », qui ont fortement inspiré ceux qui sont en train d’être développés en Corée du Nord, appelés les « DCEI ». Ces armes ont officiellement fait leur apparition sur les télévisions officielles, lors d’un des derniers grands défilés militaires qu’affectionne Kim Jong Un. Le dirigeant nord-coréen a ordonné la « production massive » de drones explosifs kamikazes « le plus tôt possible », selon l’agence de presse d’état nord-coréenne KCNA.

Le régime nord-coréen apprend vite : il y a quelques jours, selon les media d’État rapportés par l’agence Reuters, son dirigeant a supervisé le test de drones suicides, dotés d’intelligence artificielle. D’autres, de reconnaissance, viennent d’être améliorés pour détecter des cibles tactiques et des activités ennemies sur terre et en mer.

Il y a urgence pour le régime des Kim. Le choc technologique a été rude pour des soldats qui pensaient être envoyés s’entraîner avec leurs frères d’armes russes. Il faut dire que l’hécatombe dans leurs rangs est impressionnante : sur les quelques 12.000 hommes du régime de la République populaire démocratique de Corée, « entre 2.700 et 4.000 morts nord-coréens, selon le renseignement sud-coréen », détaille un expert en source ouverte (OSINT).

Arrivés sur le champ de bataille en octobre 2024, des salves de 150 à 200 soldats s’élancent au contact des Ukrainiens. Véritables leurres humains, ces hommes sont immédiatement fauchés par les munitions rôdeuses ukrainiennes. A leur suite, comme dans les batailles des siècles précédents, d’autres combattants montent à l’assaut, équipés d’un ruban rouge… pour se reconnaitre et pour éviter de se tirer dessus, comme dans les batailles des siècles précédents.

Pourtant les soldats de la République populaire démocratique de Corée, qui découvrent brutalement la guerre de haute intensité, appartiennent aux troupes d’élite du pays : ils sont issus des « Storm Corps » (traduction de leur nom coréen), de la brigade d’infanterie légère des « Lightening » dont la doctrine est similaire à celle des Russes, de la brigade de snipers des « Sunder Storm » ou encore de celle des commandos parachutistes nord-coréens, les « Thunder ». Ces derniers sont spécialisés dans les infiltrations, le sabotage, notamment à travers la ligne démilitarisée entre les deux Corées, la DMZ. Longue de 240 km sur 4 km de large, ce « no man’s land » est vallonné, parfois boisé, comme les plaines ukrainiennes.

Arrivées en août 2024 par bateaux à Vladivostok, port de l’Extrême-Orient russe, ces troupes débarquent à Moscou après de longues heures passées à bord du Transsibérien, rapporte l’Armée de Terre française. Leur équipement est vieillissant. Sur le sol russe, se trouvent déjà des mitrailleuses légères nord-coréennes, type 73. Ces armes, confectionnées par le régime de Pyongyang, datent des années 70 et sont une sorte de clone du système Kalachnikov soviétique et d’un mélange avec un système tchèque de la 2ème guerre mondiale. Elles ont été employées par les soldats iraniens face à l’Irak en 1980, en Syrie, au Yémen dans les mains des Houthis.

Les combattants nord-coréens retrouvent aussi leurs blindés, précédemment acheminés sur le sol russe. La présence du lance-missiles antichars M2018, avec ses missiles « bulsae-4 », est notamment attestée en juillet 2024, dans la région de Belgorod, après un tir contre un obusier autopropulsé AS-90 ukrainien. Le renseignement en source ouverte relève également la présence d’obusiers automoteurs de calibre 170 mm « Koksan », montés sur de vieux châssis soviétiques. Les troupes nord-coréennes apportent aussi des missiles balistiques tactique, les « Hwasong 11 » : 150 seront utilisés à Koursk en octobre et novembre 2024, selon les observateurs de l’Armée de Terre. Tous ces matériels ont été fournis par Pyongyang depuis au moins 2023 et stockés dans trois zones différentes, non loin du territoire ukrainien.

Les deux pays ont renforcé leurs liens de collaboration en ratifiant un traité de défense historique, lundi 11 novembre dernier. Conclu au cours rare visite de Vladimir Poutine à Pyongyang quelques mois plus tôt, l’accord prévoit notamment « une aide militaire immédiate » réciproque en cas d’attaque contre l’un des deux pays. A cela s’ajoute une coopération internationale pour s’opposer aux sanctions occidentales et se coordonner à l’ONU.

Pour remplacer les pertes nord-coréennes, 3.000 nouveaux soldats de Pyongyang ont été envoyés en Russie, en février dernier.

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