[ SOFINS 2025 ] Les forces spéciales face aux défis de la guerre version 2025

Dernière mise à jour : 1 avril 2025Par Mots-clés :

Haute intensité, drones en surnombre, transparence du champ de bataille… L’évolution de la manière de faire la guerre conduit les Forces spéciales à s’adapter tous azimuts.

Du brouillard de la guerre à la transparence du champ de bataille où des milliers de drones observent, guident les tirs ou deviennent des munitions guidées à distance. Cette situation est observée de près par les forces spéciales pour qui la culture du secret est nécessaire pour générer de la surprise dans les opérations.

Le ciel ukrainien est saturé d’aéronefs pilotés à distance. Une multitude de drones (ISR, bombing, lance-flammes ou FPV) survolent en permanence le champ de bataille voire au-delà. Plus moyen de se déplacer discrètement, même pour évacuer un blessé. Difficile aussi de communiquer. Les systèmes militaires sont vite repérés par l’adversaire. Les forces armées, qu’elles soient conventionnelles ou spéciales, sont face à un véritable défi imposé par la haute intensité.

« En Ukraine, c’est une guerre de bombes, de missiles, d’obus et de drones : les Ukrainiens sont aujourd’hui capables de détruire un char de combat avec seulement cinq petits drones au très faible coût », confie-t-on de source militaire.

La réalité du brouillage

Depuis 2022, les drones sont devenus le nerf de la guerre. Ils sont peu coûteux et faciles à fabriquer, surtout que les composants sont disponibles sur internet. En Ukraine, ils sont produits dans des usines mais aussi de manière artisanale dans des garages ou dans des caves. Cette année, la production ukrainienne dépassera les quatre millions d’unités.

Cependant, cette dépendance aux drones pose un problème crucial : le brouillage. « C’est un développement exponentiel, mais les drones actuels sont vulnérables », explique un expert.

En seulement six mois, les drones ukrainiens ont perdu 80 % de leur efficacité face aux systèmes de brouillage russes. Cette réalité oblige les forces armées à innover constamment, en affrontant ce que les militaires appellent le « glaive et la cuirasse » : chaque avancée technologique entraîne une contre-mesure immédiate. « Les systèmes militaires sont conçus pour durer des décennies, mais les drones évoluent à une vitesse fulgurante », souligne un officier.

Face à cette nouvelle donne, les Forces spéciales, comme les armées conventionnelles, doivent désormais intégrer des cycles d’innovation rapides, en s’inspirant des méthodes agiles du secteur civil.

Cette adaptation passe de plus en plus par une collaboration avec les acteurs civils de l’innovation, notamment les startups et les universités. En Ukraine, cette collaboration est déjà une réalité : avec l’armée, le gouvernement ukrainien a créé le cluster Brave1 pour coordonner les innovation civiles et militaires, notamment en matière de drones terrestres, aériens et navals.

WhatsApp pour la discrétion

La remise en question des technologies vise aussi la communication. Pour communiquer, les systèmes les mieux cryptés ne sont pas les plus discrets, à l’inverse des réseaux WhatsApp ou Signal. Utilisés par des millions de personnes, il se révèlent plus compliqués à surveiller qu’une radio militaire cryptée.

« C’est une question de survivabilité », estime un expert du combat.

La dilution dans une « bulle de silence » est une nouveauté majeure dans l’action des forces spéciales. Sur le champ de bataille et dans la profondeur, de petits groupes doivent désormais être capables d’entrer en autonomie totale. Habituellement, les équipes communiquent en permanence avec les centres de commandement. Désormais, dans certains cas, elles peuvent être sans aucune liaison pendant quelques heures voire quelques jours.

Plus aucun échange de communication avec la hiérarchie, avec une frugalité logistique et le libre-arbitre pour mener à bien la mission. Typiquement ce que le Général Pierre Schill, le chef d’état-major de l’Armée de Terre, appelle « le commandement par intention ». Les Forces spéciales ont déjà réalisé cette façon de faire dans certains endroits.

Une cape d’invisibilité

Pour faire face à ces défis, les innovations sont plus étonnantes qu’on ne l’imagine. Le Commandement des opérations spéciales dispose d’un budget propre qui reste secret. Chaque année, une soixantaine de projets sont financés. Lesquels et avec quelles entreprises ? Encore deux informations sous le sceau du secret.

Quelques innovations sont pourtant dévoilées. Ainsi cette texture de tissu qui absorbe un grand nombre d’ondes lumineuses et modifie la signature thermique.

Encore plus insolite, la cape d’invisibilité. Elle divise par deux la signature thermique du soldat. Présentée il y a deux ans au Sofins, elle devrait bientôt faire partie du paquetage en fonction de la mission.

Pour la mobilité aérienne, subaquatique ou terrestre, les forces spéciales examinent toutes les solutions pour se déplacer vite et discrètement.

« Le problème des engins électriques, c’est l’autonomie. Mais il y a des progrès assez phénoménaux », reconnait un spécialiste de l’innovation militaire.

A ceux qui doutent de la place des forces spéciales contemporaines dans un conflit de haute intensité, il faut rappeler qu’elles trouvent leurs origines dans les deux guerres mondiales, avec les Corps francs de 14-18 ou les SAS de la France Libre qui se sont illustrés en Afrique du Nord puis lors des combats de la Libération. C’est dans leur ADN.

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